Charb avait demandé le droit de se défendre. L'État avait refusé.
Visé par une fatwa d'Al-Qaïda, le directeur de Charlie Hebdo vivait sous protection policière permanente depuis 2011. Il avait demandé à pouvoir se défendre lui-même. L'État n'a pas répondu à l'appel.
Stéphane Charbonnier, dit Charb, directeur de Charlie Hebdo, a été assassiné le 7 janvier 2015 par deux djihadistes issus de l’immigration algérienne, Saïd et Chérif Kouachi, ayant obtenu la citoyenneté de la République française. Ils ont fait irruption dans la rédaction en pleine réunion et abattu douze personnes, dont Charb. Il avait demandé, avant sa mort, une autorisation de port d’arme. Sa demande était restée sans suite.
Placé sous protection policière permanente depuis 2011, après l’incendie criminel des locaux du journal, Charb avait fini par trouver cette présence envahissante. Antonio Fischetti, journaliste à Charlie Hebdo et voisin de palier de Charb, le raconte dans Télérama : « Charb était adepte du tir sportif. Pour se délester de cette présence policière, il avait demandé une autorisation de port d’arme. Sans suite. »
Ce recours existait pourtant. L’article R315-5 du Code de la sécurité intérieure autorise le ministre de l’Intérieur à permettre à toute personne « exposée à des risques exceptionnels d’atteinte à sa vie » de porter une arme de poing. Charb répondait exactement à ces critères : il était visé par une fatwa d’Al-Qaïda. La décision appartient au ministre, sans obligation de motiver un refus. Aucun recours n’est prévu.
La menace s’était pourtant manifestée de façon concrète bien avant le 7 janvier. Environ un an et demi avant l’attentat, Charb s’était rendu à un spectacle sans prévenir ses gardes du corps. Au retour, il avait pris un taxi. Le chauffeur, reconnaissant le directeur de Charlie Hebdo, l’avait immédiatement débarqué place de Clichy, puis était sorti de sa voiture pour dire aux autres taxis de ne pas le prendre. Fischetti raconte : « Ce jour-là, il a réalisé. »
Dans les semaines qui ont précédé l’attentat, la surveillance s’était relâchée. La voiture de police qui stationnait en bas de la rédaction avait disparu depuis un ou deux mois. ✸
Sources
Télérama, Alerte Éthique, L’information est reprise par l’Association de Tireurs (ADT) dans un article publié le 16 janvier 2015, neuf jours après l’attentat.
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